


« La Tempête en ville »
Le vent n’est plus un souffle, c’est un coup de poing. Il défonce les portes, crache les tuiles, Les poubelles roulent comme des cadavres, Et les réverbères hurlent sous les fils.
L’eau ne tombe pas, elle frappe. Elle noie les bouches d’égout, monte en rage, Emporte les chiens errants, les sacs plastiques, Et les cris des enfants perdus dans la nuit.
Les murs suintent, les vitres explosent, Les gens courent, les mains sur la tête, Le ciel n’est plus qu’un trou noir, Et la ville n’est plus qu’une plaie ouverte.
René Char, dans Fureur et Mystère
Définition du Principe de Synchronisation Verticale ou Horizontale
La synchronisation verticale consiste à synchroniser la main droite (MD) et la main gauche (MG) en lisant les notes de manière verticale sur la partition.
La synchronisation horizontale, quant à elle, consiste à automatiser les mouvements des deux mains pour les jouer ensemble, sans se préoccuper de l’aspect vertical de la partition. Cette méthode présente l’avantage de faciliter l’interprétation et de permettre l’improvisation sur l’une des mains jouées de manière automatique.
Définition du « groove »
Le piano est un instrument de percussion.
La définition du terme « groove » est complexe et difficilement traduisible en un seul mot en français. Il désigne la précision particulière d’un rythme régulier et répétitif, souvent binaire, qui peut évoquer la performance d’un batteur dans une musique entraînante et propice à la danse.
1- Déchiffrage
Structure du morceau :
- Ce morceau se compose de 3 parties, l’introduction, le thème et l’improvisation.
Le morceau comporte quatre dièses à l’armure, ce qui correspond soit à la tonalité de Mi majeur, soit à celle de Do# mineur.
En analysant le dernier accord, on observe un Ré# à la main gauche et un Sol bécarre à la main droite, formant un accord de Ré#7. Celui-ci peut être interprété comme le cinquième degré de Sol# mineur, ou encore comme le troisième degré mineur de Mi majeur. Cette conclusion ne permet donc pas de déterminer la tonalité principale du morceau de manière classique.
En revanche, la fin de l’introduction se termine sur un accord de Do# mineur, ce qui constitue un indice fort pour considérer que la tonalité générale du morceau est bien Do# mineur.
Commençons le déchiffrage par l’introduction.
L’ écriture de cette introduction repose sur un principe de mouvement croisé : la main droite attaque trois notes en commençant par la plus aiguë, tandis que la main gauche joue également trois notes, mais en partant de la plus grave. L’ensemble doit être parfaitement synchronisé à la double croche, dans un tempo rapide où la noire vaut 160, soit un débit très soutenu. Une fois ces six notes jouées, elles doivent être maintenues en point d’orgue pour créer une résonance continue.
À la mesure suivante, une note supplémentaire est ajoutée en mélodie et doit, elle aussi, être tenue en point d’orgue.
Les mesures qui suivent ne font que reprendre le schéma des deux premières mesures, mais avec des notes différentes.
Pour maîtriser ce passage, il est recommandé de bien placer les trois notes de chaque main sur leurs accords respectifs, puis de travailler le mouvement croisé des deux mains jusqu’à obtenir la fluidité, la vitesse et la densité sonore souhaitées. La nuance doit être soutenue, sans excès de volume, et la pédale de sustain doit être maintenue enfoncée sur chaque section de deux mesures pour renforcer la résonance et lier les sonorités.

Déchiffrage du thème.
Pour aborder cette section il est essentiel de bien identifier les trois voix et de comprendre leur fonctionnement afin de synchroniser horizontalement les deux mains.
Définition des trois voix :
- Voix 1 (mélodie principale) : située en haut de la clé de sol, elle est écrite en noires avec des hampes vers le haut.
- Voix 2 (accompagnement supérieur) : composée de deux notes après la mélodie, toujours en triolet. La première est montante, les trois suivantes sont descendantes, et ce motif reste identique dans chaque mesure.
- Voix 3 (main gauche) : trois notes par mesure selon le schéma tonique-quinte-tonique à l’octave, chaque mesure descendant d’un demi-ton.
Méthode de travail :
Une fois chaque main maîtrisée séparément, les assembler progressivement, mesure par mesure, en insistant sur la synchronisation horizontale et l’équilibre entre les voix.
Isoler et mémoriser la voix 1 (mélodie hampe vers le haut) jusqu’à obtenir fluidité et précision.
Ajouter la voix 2 (2 triolets à la main droite entre les notes de mélodie) en veillant à bien accentuer la mélodie principale.
Travailler la main gauche (voix 3) de manière automatique, en respectant scrupuleusement le système tonique-quinte-tonique et la descente chromatique.
Si la synchronisation horizontale entre vos deux mains vous semble trop difficile, vous pouvez commencer une synchronisation verticale.
La notion de tempo dans ce type de morceau repose sur le développement du métronome intérieur mais l’utilisation d’un métronome peut s’avérer très utile dans un premier temps pour installer progressivement le thème. Commencez par un tempo lent, aux alentours de 50 à la noire, puis augmentez graduellement la vitesse jusqu’à atteindre le tempo final de 160.


2- interprétation
« Jinan Tempest » est une pièce composée en l’an 2000, inspirée par un voyage en Chine. Jinan, ville historique et point de départ vers la maison de Confucius, fut le théâtre d’un événement climatique aussi soudain que dévastateur. Une tempête éclata, déchaînant pluie et vent violent, ravageant tout sur son passage. Les devantures des magasins s’arrachèrent, des tôles ondulées traversèrent les places à une vitesse folle, et le vent devint si puissant qu’il rendait toute marche dans la rue presque impossible.
Ce morceau se veut l’expression musicale de cette sensation de vitesse, de surprise et de danger. L’introduction en pose les prémices, annonçant l’arrivée imminente de la tempête. Le thème principal incarne ensuite la furie des éléments, tandis que l’improvisation offre à l’interprète la liberté d’imaginer ses propres émotions face à cette situation extrême, ou de puiser dans le souvenir d’une expérience personnelle déjà vécue.
tempo :
La notion de tempo dans ce type de morceau fait appel à la notion de métronome intérieur. Seules la répétition, l’expérience et la possibilité de jouer avec une section rythmique (basse-batterie) aideront à l’acquisition d’un tempo régulier intégrant la notion de temps fort sur le 2 et le 4 (after beat).
Le métronome pourrait être utile dans un premier temps pour mettre le thème en place, mais l’acquisition d’une boîte à rythmes ou d’un programme de batterie sur votre ordinateur sera la meilleure option.
phrasé :
Dans l’introduction, veillez à donner un phrasé énergique aux six notes initiales, en maintenant la pédale jusqu’à la fin des deux mesures. Accordez une attention particulière à la note supplémentaire de la deuxième mesure : elle doit être chargée de sens, comme un écho ou une tension supplémentaire. Les points d’orgue, quant à eux, servent à créer une distance entre les impacts de la tempête.
Le phrasé du thème doit rester legato, mais la mélodie doit se détacher avec plus d’intensité et de netteté par rapport aux notes d’accompagnement. La basse, elle, sera jouée legato et de manière régulière, afin de s’équilibrer harmonieusement avec la mélodie et de soutenir l’ensemble.
pédale :
L’utilisation de la pédale de sustain se révèle particulièrement précieuse dans l’introduction. En revanche, dans le thème, son emploi n’est pas obligatoire: en tout cas prévoyez plutôt une pédale par mesure ou plus, en prenant soin de ne jamais superposer deux harmonies distinctes.
nuances :
La nuance ne se réduit pas à la seule intensité : elle inclut aussi la dynamique et l’accentuation. Dans l’introduction, on peut imaginer un crescendo régulier s’étendant sur les dix mesures, partant d’un mezzo-forte pour aboutir à un fortissimo, créant ainsi une transition naturelle vers les nuances du thème. Certaines notes peuvent être mises en relief, tandis qu’une section entière peut s’embraser ou, à l’inverse, s’adoucir — comme les soubresauts et les accalmies d’une tempête.
3- improvisation
gammes :
Travail des 3 gammes de l’introduction
Pour bien assimiler ces 3 premières tonalités, nous commencerons par nous familiariser avec les gammes correspondantes.
d’abord à la main droite seule, sur plusieurs octaves, puis à la main gauche seule, sur plusieurs octaves, enfin, aux deux mains ensemble.

L’improvisation s’appuie sur les trois phrases de l’introduction. Une liberté totale vous est offerte pour réaliser une improvisation en lien avec le thème de la tempête. Je vous propose ci-dessous plusieurs pistes pour vous guider, mais c’est à vous de tracer votre propre chemin dans cette exploration.
Improvisez sur les phrases de l’introduction en les transformant :
Modifiez leur rythme, déplacez-les sur différentes octaves pour créer des effets.
Travaillez la phrase de départ dans toutes les tonalités, en la transposant par demi-ton, afin de générer des vagues sonores successives.
Utilisez les gammes pour improviser des mélodies à la main droite, en gardant une main gauche sur l’accord dans un rythme aléatoire.
Jouez des octaves aux deux mains en vous appuyant sur les gammes des accords.
Jouez des passages très rapides et dynamiques, suivis d’un long moment de silence et utilisez les contrastes entre mouvement et immobilité.
Alterner des notes tenues et des staccatos très courts. Superposer des rythmes différents entre les deux mains.
Laissez-vous guider par votre inspiration.
Beaucoup d’autres idées sont possible
Pour cet exercice, la mesure (nombre de temps par mesure), la métrique (nombre de mesures pour une même harmonie), le tempo et la durée des silences sont entièrement libres pour faire place à l’imagination.

L’improvisation peut s’organiser comme une courbe narrative, menant vers un climax. Intègre des événements aléatoires et surprenants, à l’image d’une tempête qui éclate soudainement.
Une structure possible : une première partie très calme, une cassure brutale, une deuxième partie très agitée, une troisième partie apaisée, comme un retour au calme.
Bien d’autres constructions sont envisageables. L’essentiel est de respecter une logique de développement, une architecture qui guide l’auditeur à travers le discours musical.
phrases :
Ici, le phrasé se joue des contrastes et des surprises. Il alterne rapidement ou lentement entre des phrases très légato et fluides, des accords staccato aux nuances variées, et des mélodies de longueurs inégales.
L’idée est de créer une impression d’imprévisibilité, comme les caprices d’une tempête : chaque note, chaque silence, chaque changement de dynamique ou de rythme participe à cette sensation de mouvement. Les possibilités sont infinies, mais c’est cette diversité même qui donne vie à une improvisation entre ordre et chaos.
accords :
Les trois accords fondamentaux de cette improvisation sont des accords mineurs 7, enrichis des extensions suivantes :
Accord -7 : 1 – 3 – 5 – 7 – 9 – 11
Pour renforcer l’effet de surprise et de tension, il est judicieux d’intégrer des accords de dominante 7 plus dissonants, notamment en utilisant le 5ème degré de chaque accord de base.
Exemples d’enchaînements dissonants :
- G#-7 : son 5ème degré est D#7, avec un sol bécarre ( inharmonie de F##, dernière note du thème écrit).
- F#-7 : son 5ème degré est C#7, avec un fa bécarre.
- C#-7 : son 5ème degré est G#7, avec un do bécarre.
Ces accords de dominante, avec leurs notes altérées, apportent une couleur plus tendue et inattendue, idéale pour évoquer les soubresauts d’une tempête musicale.
Extensions possibles
Accords Maj7 : 1 – 3 – 5 – 7 – 9 – #11
Accords -7 : 1 – 3 – 5 – 7 – 9 – 11
Accords 7 : 1 – 3 – 5 – 7 – 9 – #11 – 13
Accords 7 altérés : 1 – 3 – 5 – 7 – b9 – #9 – #11 – b13

4- structure du morceau
introduction :
L’introduction est écrite, commencez directement sur cette introduction.
theme :
Commencez par jouer la structure écrite u thème en 3 parties et allez directement vers l’improvisation.
improvisation :
Structurez votre improvisation comme décrit dans le chapitre précédent et trouvez une méthode pour pouvoir reprendre soit sur l’introduction (ce qui permettra une transition vers le thème), soit directement sur le thème.
theme :
Jouez une fois le thème à tempo rapide, en respectant ses trois parties. Arrêtez-vous sur le point d’orgue final (fine), en marquant un petit ritardando quelques noires avant ce point d’orgue pour renforcer l’effet.
fin ou coda :
Aucune coda n’est prévue dans cette pièce. L’interprète est libre de conclure selon son inspiration personnelle, pour une fin plus personnelle et expressive.