

Comme une étincelle qui traverse l’instant
L’impulsion est cette porte qui s’ouvre sur le vide, Ce bond avant que le corps ne sache, Ce mot qui jaillit avant la langue, Ce rire qui fend la nuit comme un couteau.
Elle n’a pas de pourquoi, Pas de demain, Seulement l’éclat d’un instant Où tout bascule et rien ne tient.
C’est l’inconscient qui danse, Le désir qui se prend pour une étoile, Et la main qui écrit sans savoir Ce que le jour ne veut pas voir.
« Tourbillon » (extrait adapté de « Clair de terre »)
André Breton
Définition du Principe de Synchronisation Verticale ou Horizontale
La synchronisation verticale consiste à synchroniser la main droite (MD) et la main gauche (MG) en lisant les notes de manière verticale sur la partition.
La synchronisation horizontale, quant à elle, consiste à automatiser les mouvements des deux mains pour les jouer ensemble, sans se préoccuper de l’aspect vertical de la partition. Cette méthode présente l’avantage de faciliter l’interprétation et de permettre l’improvisation sur l’une des mains jouées de manière automatique.
Définition du « groove »
Le piano est un instrument de percussion.
La définition du terme « groove » est complexe et difficilement traduisible en un seul mot en français. Il désigne la précision particulière d’un rythme régulier et répétitif, souvent binaire, qui peut évoquer la performance d’un batteur dans une musique entraînante et propice à la danse.
1- Déchiffrage
Structure du morceau :
Ce morceau s’articule autour de trois grandes parties : l’introduction, le thème et l’improvisation.
L’introduction mérite une attention particulière. Pour bien la maîtriser, il est conseillé de décomposer chaque accord et de les étudier individuellement, afin d’en assimiler la structure et la sonorité.
INTRODUCTION :

Une fois cette étude terminée, l’étape suivante consiste à composer une mélodie en sélectionnant les notes les plus caractéristiques de chaque accord, notamment leurs extensions. Ces choix permettront de souligner la couleur harmonique propre à chaque accord.
Ensuite, il s’agira de déterminer la manière de « mettre en voix » l’accord lui-même, c’est-à-dire de décider comment l’interpréter au piano. Pour cela, inspirez-vous des propositions d’articulation et de phrasé suggérées précédemment.

THEME:
Ce morceau se compose de deux parties qui ne présentent aucune altération à l’armure. La tonalité utilisée est celle de ré dorien, un mode de ré mineur apparenté à la tonalité de do majeur.
Pour aborder ce morceau efficacement, commencez par automatiser la ligne répétitive de la main gauche. Cette étape est essentielle pour libérer votre attention et vous concentrer ensuite sur la mélodie et l’improvisation.

Vient ensuite l’étude du thème, qui doit être joué à deux mains de manière horizontale, c’est-à-dire en veillant à la coordination et à la fluidité entre les deux parties.
Lors de ce travail, il est crucial de maintenir le mouvement de la main gauche sans interruption, afin de conserver la pulsation et l’équilibre rythmique du morceau.


Pour aborder les passages rapides avec rigueur, je recommande de travailler systématiquement au métronome, en prenant appui sur la stabilité rythmique de la main gauche.
2- interprétation
« Impulsion » est une pièce composée en 1991, inspirée par la simplicité d’une phrase répétitive à la main gauche. Cette base rythmique et harmonique permet d’improviser une infinité d’idées à la main droite. C’est ce concept que nous allons explorer et mettre en pratique dans ce morceau.
tempo :
La notion de tempo dans ce type de morceau repose sur le développement du métronome intérieur et sur l’automatisation complète de la main gauche.
Un métronome peut s’avérer utile dans un premier temps pour installer la pulsation et stabiliser le rythme. Cependant, l’acquisition d’une boîte à rythmes ou d’un logiciel de batterie sur ordinateur constituera la solution la plus efficace pour travailler cette pièce de manière dynamique et créative.
phrasé :
Dans l’introduction, privilégiez un phrasé très legato et jouez avec la notion de rubato, ce qui créera un contraste saisissant avec le thème rapide, rythmé, régulier et automatique.
Pour le thème lui-même, conservez un phrasé legato tout en marquant les accents. La mélodie doit se détacher avec plus d’intensité et de netteté, afin de trancher clairement avec l’ostinato régulier et mécanique de la main gauche.
pédale :
L’utilisation de la pédale de sustain se révèle particulièrement précieuse dans l’introduction. En revanche, dans le thème, son emploi n’est pas obligatoire: en tout cas prévoyez plutôt une pédale par mesure ou plus, en prenant soin de ne jamais superposer deux harmonies distinctes.
nuances :
La nuance ne se limite pas à l’intensité : elle englobe aussi la dynamique et l’accentuation. Dans l’introduction, imaginez un jeu dans les nuances de piano, doux et même en decrescendo vers la fin.
L’arrivée de la main gauche seule doit trancher avec cette douceur. Elle marque le signal de l’impulsion, le déclic énergétique. Puis, l’entrée du thème s’impose avec encore plus de force. On peut ensuite concevoir la deuxième partie du thème comme un répit, un retour à une intensité plus douce.
Certaines notes peuvent être mises en relief, tandis qu’une section entière peut s’embraser ou, au contraire, s’adoucir.
3- improvisation
gammes et accords :
L’improvisation se fera sur l’ostinato de la main gauche, qui servira de base harmonique et rythmique.
Pour la gamme de référence, privilégie le ré dorien (ré, mi, fa, sol, la, si, do, ré), qui apporte une couleur à la fois mineure et lumineuse, idéale pour improviser sur des accords mineurs avec une sixte majeure. Cette gamme permet de souligner la tonalité tout en offrant une grande liberté mélodique.
Pour varier les sonorités et enrichir, explorez aussi d’autres gammes mineures apparentées :
- Ré mineur naturel ou aeolien (ré, mi, fa, sol, la, si♭, do, ré) : plus sombre, plus mélancolique et intemporel.
- Ré mineur harmonique (ré, mi, fa, sol, la, si♭, do#, ré) : avec sa septième note relevée, plus mystérieuse, plus orientale.
- Ré phrygien (ré, mi♭, fa, sol, la, si♭, do, ré) : plus secrète, grâce à sa seconde mineure.
N’hésitez pas à mélanger ces gammes sur l’accord de l’ostinato.

La seconde piste d’improvisation dans un esprit jazz et un tempo rapide sera d’utiliser les approches chromatiques afin de viser une note appartenant à l’accord ou à une extension intéressante de cet accord.

Improviser des phrases en octave est aussi une option intéressante.

Pour élargir la palette harmonique à la main droite, explorez les accords modaux, typiques d’une période du jazz où l’on exploite les modes pour créer des couleurs harmoniques riches et ouvertes. Dans notre contexte, le ré mineur dorien (ré, mi, fa, sol, la, si, do) est le mode dorien de do majeur.
Pour renforcer cette couleur modale, utilisez des accords construits par empilement de quartes (appelés aussi « accords de quartes »). Par exemple :
- Dm11 (ré, sol, do, fa) : accord de ré mineur avec 11e, très représentatif du mode dorien.
- Dm6/9 (ré, fa, la, si, mi) : met en valeur la sixte majeure et la neuvième, typiques du dorien.
- Accords suspendus ou sans tierce (ré, sol, do) : pour une sonorité plus ambiguë et moderne.
Ces empilements de quartes, très utilisés par des pianistes comme McCoy Tyner ou Herbie Hancock, apportent une couleur résolument moderne et une grande liberté d’improvisation. Ils s’intègrent parfaitement à un accompagnement modal et permettent de souligner la tonalité tout en gardant une ambiance ouverte et contemplative. Les rythmes en syncopes accentueront l’effet.

Les accords modaux peuvent également s’envisager sous une forme plus classique, en empilant tierce et quarte ou quarte et tierce. Ils offrent ainsi une couleur plus douce, moins agressive.

L’improvisation peut s’organiser comme une courbe narrative, menant vers un climax. Intégrez des événements aléatoires et surprenants..
Une structure possible : une première partie très calme, une cassure brutale, une deuxième partie très agitée, une troisième partie apaisée, comme un retour au calme.
Bien d’autres constructions sont envisageables. L’essentiel est de respecter une logique de développement, une architecture qui guide l’auditeur à travers le discours musical.
phrases :
Ici, le phrasé se joue des contrastes et des surprises. Il alterne rapidement ou lentement entre des phrases rapides très légato et fluides, des accords staccato aux nuances variées, et des mélodies de longueurs inégales.
L’idée est de créer une impression d’imprévisibilité, chaque note, chaque silence, chaque changement de dynamique ou de rythme participe à cette sensation de mouvement. Les possibilités sont infinies, mais c’est cette diversité même qui donne vie à une improvisation entre ordre et chaos.
4- structure du morceau
introduction :
L’introduction est déjà définie, commencez directement sur cette introduction.
theme :
Commencez par jouer la structure écrite des 2 thèmes répétés 2 fois et allez directement vers l’improvisation.
improvisation :
Structurez votre improvisation comme décrit dans le chapitre précédent et trouvez une méthode pour pouvoir reprendre directement sur le thème.
theme :
Jouez le thème 1 deux fois puis le thème 2 deux fois aussi en ralentissant sur la fin pour terminer.
fin ou coda :
Aucune coda n’est prévue dans cette pièce. L’interprète est libre de conclure selon son inspiration personnelle, pour une fin plus personnelle et expressive.